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Grève à l'aéroport ou grève de la compagnie : une distinction qui peut vous rapporter jusqu'à 600 €


Votre vol est annulé. La compagnie invoque une grève. Et là, une seule question compte vraiment : de quel type de grève s'agit-il ?
Grève des pilotes, des bagagistes, des contrôleurs aériens : derrière un même terme se cachent des réalités juridiques radicalement différentes. Et une distinction que les compagnies n'expliquent pas toujours : selon qui fait grève, vous pouvez être indemnisé jusqu'à 600 € par passager ou ne rien toucher du tout.
Ce n'est pas le lieu de la grève qui détermine vos droits. C'est l'employeur des grévistes. Voici pourquoi cette distinction change tout, et comment en tirer parti.
En bref
Remboursement, réacheminement ou indemnisation : ce qu’il faut retenir
Si la grève touche le personnel de la compagnie (pilotes, hôtesses, techniciens) : vous avez droit à une indemnisation de 250 € à 600 €, en plus du remboursement ou réacheminement.
Si la grève touche le personnel de l'aéroport (contrôleurs aériens, sécurité, bagagistes externes) : pas d'indemnisation forfaitaire, mais la compagnie doit quand même vous assister et vous réacheminer.
Ce qui compte, ce n'est pas où les grévistes travaillent, mais pour qui ils travaillent (aéroport ou compagnie aérienne).
Les grèves Lufthansa d'avril 2026 illustrent parfaitement cette règle : pilotes et personnel de cabine sont des salariés de la compagnie, pas de l'aéroport. L'indemnisation s'applique.

La règle de base : ce n'est pas le lieu de la grève qui compte, c'est l'employeur
Tout repose sur une logique simple, mais souvent mal comprise : la question n'est pas de savoir où les grévistes travaillent (à l'aéroport, dans l'avion, dans les tours de contrôle), mais pour qui ils travaillent.
Le règlement européen CE 261/2004 distingue deux grandes catégories de situations :
Les situations relevant du contrôle de la compagnie, pour lesquelles elle est pleinement responsable et doit indemniser les passagers.
Les circonstances extraordinaires, qui échappent à la maîtrise de la compagnie et l'exonèrent de l'obligation d'indemnisation — tout en maintenant son obligation d'assistance.
Une grève du personnel interne à la compagnie : pilotes, hôtesses et stewards, techniciens de maintenance, agents d'enregistrement salariés de la compagnie — relève de la première catégorie. C'est un risque que la compagnie assume dans le cadre de son activité normale. Elle ne peut pas s'en servir comme bouclier pour ne pas vous indemniser.
Une grève du personnel externe : contrôleurs aériens, agents de sécurité de l'aéroport, douaniers, pompiers d'aéroport relève en revanche de la seconde catégorie. Ce personnel n'est pas employé par la compagnie. Elle n'a pas de prise sur ce mouvement, et le règlement l'en tient moins responsable.
Grève interne à la compagnie : quand l'indemnisation est due
Mais concrètement, de qui parle-t-on ? Voici les catégories de personnel dont la grève engage directement la responsabilité de la compagnie.
Qui est concerné ?
Sont considérés comme personnel interne de la compagnie :
les pilotes et copilotes
le personnel navigant commercial (hôtesses et stewards)
les techniciens et mécaniciens de la compagnie
les agents d'opérations de vol (GPS de vol, préparateurs de vols)
les agents d'enregistrement et d'embarquement directement employés par la compagnie
Dès lors qu'une grève de ces catégories de personnel entraîne l'annulation de votre vol ou un retard de trois heures ou plus à l'arrivée, vous avez en principe droit à une indemnisation forfaitaire — sauf si la compagnie parvient à démontrer qu'elle a pris toutes les mesures raisonnables pour éviter la perturbation, ce qui est extrêmement difficile à établir dans le cas d'une grève interne.
La Cour de justice de l'Union européenne a d'ailleurs tranché la question en 2021 dans une affaire impliquant directement AirHelp : une grève lancée à l'appel d'un syndicat du personnel d'une compagnie, dans le respect du préavis légal et destinée à défendre les revendications des salariés, ne constitue pas une circonstance extraordinaire. Les compagnies ne peuvent donc pas s'en prévaloir pour refuser l'indemnisation.
Ce à quoi vous avez droit
Remboursement intégral du billet dans les 7 jours si vous renoncez au voyage, ou réacheminement vers votre destination finale dans les meilleurs délais
Assistance à l'aéroport : repas et rafraîchissements proportionnels à l'attente, hébergement et transferts si le vol de remplacement part le lendemain, deux communications
Indemnisation forfaitaire de 250 € à 600 € selon la distance du vol, sauf si vous avez été prévenu plus de 14 jours avant le départ et qu'un réacheminement adapté vous a été proposé
Grève externe à la compagnie : assistance maintenue, indemnisation exclue
À l'inverse, certains personnels travaillent dans l'aéroport sans être salariés de la compagnie. Leur grève relève d'un tout autre cadre juridique.
Qui est concerné ?
Sont considérés comme personnel externe à la compagnie :
Les contrôleurs aériens (employés de la DGAC en France, d'Eurocontrol au niveau européen)
Les agents de sécurité de l'aéroport (fouille, contrôle des passagers)
Les bagagistes employés par une société de handling indépendante — attention, ce point est plus nuancé (voir ci-dessous)
Les douaniers et agents des services frontaliers
Les pompiers d'aéroport (service de sécurité incendie)
Dans ces situations, la compagnie peut légitimement invoquer la circonstance extraordinaire pour ne pas verser l'indemnisation forfaitaire. Elle n'a, par définition, aucun contrôle sur les décisions sociales d'organismes extérieurs.
Ce que la compagnie doit quand même faire
L'exonération d'indemnisation ne signifie pas abandon des passagers. Même en cas de circonstance extraordinaire, la compagnie reste tenue de :
vous proposer le remboursement ou le réacheminement
vous fournir l'assistance à l'aéroport pendant l'attente (repas, hébergement si nécessaire)
vous informer de vos droits par écrit
Si elle refuse ces prestations, elle manque à ses obligations. Et vous pouvez en demander le remboursement de votre billet, a posteriori sur présentation de justificatifs.
Le cas particulier des bagagistes : une zone grise à connaître
Les bagagistes méritent une mention spéciale, car leur statut varie selon les aéroports et les contrats. Certains sont directement employés par la compagnie aérienne — dans ce cas, une grève de leur part relève de la grève interne et peut ouvrir droit à indemnisation. D'autres sont employés par une société de handling sous-traitante indépendante — dans ce cas, la compagnie peut arguer qu'il s'agit d'une circonstance extraordinaire.
En pratique, les compagnies invoquent presque systématiquement la circonstance extraordinaire pour les grèves de bagagistes, même quand il s'agit de prestataires qu'elles contrôlent contractuellement. C'est précisément dans ces situations qu'un accompagnement spécialisé peut faire la différence : analyser le contrat de sous-traitance, vérifier la jurisprudence applicable, et contester si nécessaire.
Le cas concret : les grèves Lufthansa d'avril 2026
L'actualité sociale de ces dernières semaines illustre parfaitement cette distinction et confirme que vos droits sont bien réels dans le cas d'une grève interne.
Prenons le cas des grèves Lufthansa d'avril 2026 : depuis le début de l'année 2026, le groupe Lufthansa traverse un conflit social d'une intensité rare. Cinq mouvements sociaux majeurs se sont succédé en moins de trois mois :
12 février 2026 : grève conjointe pilotes (syndicat Vereinigung Cockpit) et personnel de cabine (syndicat UFO) — environ 800 vols annulés, 70 000 passagers affectés
12-13 mars 2026 : grève des pilotes de 48 heures — plusieurs centaines de vols annulés par jour
10 avril 2026 : grève du personnel de cabine (syndicat UFO) — plus de 520 vols annulés, 90 000 passagers affectés aux hubs de Francfort et Munich
13-14 avril 2026 : nouvelle grève des pilotes de 48 heures — jusqu'à 90 % des vols annulés à Francfort et Munich, plus de 50 000 passagers sans solution immédiate
16-17 avril 2026 : prolongation de la grève des pilotes sur Lufthansa, CityLine et Eurowings
Le conflit porte sur la rémunération des pilotes et le régime de retraite complémentaire, remplacé en 2017 par un modèle indexé sur les marchés que le syndicat VC juge insuffisant. Les négociations pour Lufthansa CityLine n'ont pas avancé depuis août 2025.
Ce que cela signifie pour les passagers concernés
Toutes ces grèves impliquent le personnel interne de Lufthansa, pilotes et personnel de cabine directement salariés par le groupe. Elles ne relèvent pas de la circonstance extraordinaire. Si votre vol Lufthansa, Eurowings ou CityLine a été annulé ou retardé de trois heures ou plus lors de l'un de ces mouvements, vous êtes très probablement éligible à une indemnisation de 250 € à 600 €.
Lufthansa a d'ailleurs mis en place un système de rebooking gratuit pour les billets émis avant le 11 avril, avec repositionnement possible jusqu'au 21 avril sur l'ensemble du groupe. Les passagers en transit via Francfort ou Munich pouvaient également obtenir un billet Deutsche Bahn de remplacement, à condition de passer par le service client Lufthansa, et non de l'acheter soi-même.
Pour vérifier votre éligibilité si vous avez été concerné par l'une de ces grèves, consultez la page dédiée aux grèves aériennes sur AirHelp. Vous avez jusqu'à cinq ans pour faire votre réclamation.
Comment identifier la nature d'une grève quand la compagnie communique peu
C'est souvent là que le bât blesse. Les compagnies aériennes n'ont pas l'habitude de préciser spontanément si la grève qui perturbe votre vol est interne ou externe. Elles se contentent parfois d'un message générique "perturbations dues à un mouvement social" — sans préciser qui fait grève.
Quelques réflexes pratiques
Consultez les médias et sites spécialisés en temps réel : Air Journal, les sites d'information économique, les plateformes de suivi de vol signalent généralement rapidement la nature d'une grève et les compagnies concernées.
Demandez la raison officielle du retard ou de l'annulation par écrit à la compagnie, via leur formulaire de contact ou leur service client. Cette demande crée une trace utile et oblige la compagnie à se positionner.
Conservez toutes les notifications reçues. Un SMS ou un e-mail annonçant "annulation liée à une grève du personnel" sans autre précision peut suffire à établir la perturbation, même si la nature exacte de la grève doit ensuite être vérifiée.
En cas de doute sur l'éligibilité de votre vol, notre article sur les justificatifs à conserver après un retard ou une annulation vous explique quelles preuves rassembler pour constituer un dossier solide.
Ce que les compagnies invoquent parfois à tort
Un point important à avoir en tête : certaines compagnies tentent d'invoquer la circonstance extraordinaire pour des grèves qui n'en relèvent pas. Ryanair a été condamnée à plusieurs reprises par des juridictions européennes pour avoir refusé d'indemniser des passagers lors de grèves de ses propres pilotes en arguant de circonstances extraordinaires. Un argument que les tribunaux ont systématiquement rejeté.
Si une compagnie vous oppose un refus d'indemnisation en invoquant une "circonstance extraordinaire" pour une grève de son propre personnel, ce refus est contestable. C'est précisément le type de situation que gèrent les équipes d'AirHelp au quotidien, en analysant la nature réelle de la grève, en vérifiant l'éligibilité du vol et en prenant en charge les démarches si nécessaire.
Récapitulatif : grève interne vs grève externe
| 400 €Grève interne (personnel compagnie) | {{Grève externe (personnel aéroport/ATC) mpensation}} | |
|---|---|---|
| Qui ? | Pilotes, PNC, techniciens, agents compagnie | Contrôleurs aériens, sécurité, douanes, pompiers |
| Remboursement ou réacheminement | ✅ Oui | ✅ Oui |
| Assistance à l'aéroport | ✅ Oui | ✅ Oui |
| Indemnisation allant jusqu'à 600 € | ✅ En principe, oui | ❌ Non |
| Circonstance extraordinaire ? | ❌ Non | ✅ Oui |



